WC - Iran

On vous a déjà parlé de ce que l’on avait vu en Iran niveau visite et politiquement correct. Et encore, on ne vous a pas raconté nos derniers jours passés à Shiraz (quelques beaux monuments et jardins), Persépolis (symbole dévasté de la splendeur passé de l’Empire Perse), et Bandar-Abbas, ville du Golfe sans aucun intérêt au climat extrêmement chaud et humide (on a eu l’immense joie d’en connaître son port de fond en comble au travers des divers guichets de douane et autres plaisirs administratifs).
Maintenant que l’on a passé la frontière, plus de tabous ! Voilà donc nos impressions de ce pays si mystérieux vu de l’extérieur. Attention, ce sont juste nos impressions, sur un séjour de seulement 12 jours, et non des vérités absolues à prendre pour argent comptant.

Déjà, on ne le répétera jamais assez, les Iraniens sont un peuple extrêmement gentil, accueillant, ouvert, curieux et cultivé pour une grande partie de la population. Visiblement, ils souffrent d’une situation qui les dépasse. Voilà quelques exemples de phrases qui nous ont été prononcées :
Une jeune fille vient discuter avec nous dans un café « Vous savez, on sait que l’on a une image déplorable à l’étranger. Mais nous, le peuple, nous ne sommes pas terroristes. C’est le gouvernement qui l’est »
Un monsieur dans le bus « Il y a 4 ans, il y avait tellement de touristes français ! Mais maintenant tellement peu… c’est à cause de la situation politique bien sûr. Mais je ne peux pas en parler et tu ne peux pas en parler donc bon… »
Un garçon de notre âge avec qui nous avons sympathisé dans le bateau qui nous amenait à Dubaï où il bosse dans une épicerie : «Ahmadinejad, il est bizarre, on ne sait pas ce qu’il fait, il va au Japon, en Corée, aux Etats-Unis… Mais il fait du tourisme ou quoi ? » « En Iran, on nous dit que les gens qui habitent dans le pays Sioniste (comprendre Israël) sont tous des tueurs, on dit ça dans votre pays aussi ? »

La plupart des personnes qui apprennent l’anglais ou le français le font dans le but d’émigrer (et ils sont nombreux). C’est aussi pour ça qu’ils vennaient tous nous parler, ils voulaient s’entrainer et essayer de comprendre le quotidien de nos pays.

A côté de ça, même les personnes qui ne parlaient pas un mot d’anglais venaient quand même vers nous. Combien de fois nous avons été « escortés » dans les villes moyennes. Combien de fois on nous a complètement pris en charge pour nous amener où l’on voulait (en allant jusqu’à nous attendre pendant que l’on mangeait pour nous indiquer la bonne route pour repartir…)
On se souviendra particulièrement de notre passage à Abadeh où nous nous sommes vraiment crus en visite présidentielle. Pendant toute la traversée de la ville, on a été suivi et devancé par une dizaine de moto tous klaxons hurlants. Les locaux nous prenaient en photo et une voiture avec une famille qui nous suivait depuis un moment déjà, nous filmait… C’en était presque gênant pour le coup.

Passé cet aspect humain fabuleux, il est vrai que l’on ne s’est pas toujours senti à l’aise. Déjà, c’est certain, notre filtre de français-qui-subit- les-commentaires-désastreux-des-media-occidentaux ne nous a pas aidé. Le plus dur est d’arriver à évaluer ce qui est vrai ou pas. En fait, on sait que l’on n’a pas droit à l’erreur, ou du moins, que si on est malchanceux, une erreur peut être très embêtante. Du coup, on ne sait jamais comment se comporter et on n’est jamais très naturel, surtout les premiers jours. On est arrivé par la frontière Turque et nos premières étapes n’étaient pas touristiques. Au début, on essayait juste de se faire le plus petit possible, d’ouvrir grand les yeux et de comprendre comment cette société fonctionnait pour pouvoir s’y mêler sans problème.
Puis les clichés tombent. Les femmes ne sont pas si stigmatisées. Elles conduisent, discutent avec nous et avec Nicolas autant que les hommes. Elles travaillent aussi. Et surtout, nous avons été marqué par le bien-être qui semble se dégager entre les membres d’une même famille ou des couples. Les mariages y sont très souvent arrangés, et pourtant, on ressent une vraie complicité entre les membres d’une même famille. C’est la première fois que ce genre de chose nous saute aux yeux. Par ailleurs, outre les questions vestimentaires, la femme semble vraiment respectée. Avoir une fille pour un père n’est pas un poids comme ça peut être le cas dans certaines sociétés.

On se rend compte de tout ça au fur et à mesure, on se sent mieux. Puis, un soir, on regarde Le Monde, on entend parler d’un attentat, Ahmadinejad accuse les Etats-Unis… et notre filtre d’européen revient au galop. Un monsieur nous regarde de travers, et on re-psychote bêtement… Et pourtant, on a l’impression que ce qui se passe dans la sphère internationale dépasse bien souvent les Iraniens. Leur quotidien a été modifié par la révolution islamique mais la vie continue : elle est juste très différente en public et en privé.
La vie publique reste très policée, très dans les règles, très limitée au final. La vie privée est par contre, à peu de chose près, la même que celle que nous vivons en occident. En résulte l’inexistence de lieux extérieurs de socialisation et de convivialité. La vie, la vraie, n’existe presque pas en dehors des foyers. Nous avons souvent eu du mal à trouver un restaurant le soir (à part quelques fast-foods dans lesquels on ne s’attarde pas et où on ne cherche pas à être bien). Le « pour vivre heureux vivons caché » prend tout son sens en Iran. La liberté existe uniquement dans un cercle privé clos. Du coup, à part quand nous avons « couch-surfé » à Téhéran, les moments de convivialité, si importants, sont rares.

Pour finir, voilà jute un petite liste des quelques clichés à faire tomber :
- Les iraniens ne sont pas barbus, pas même moustachus (Nicolas passait pour un taliban avec sa barbe)
- Les femmes ne sont pas toutes en burka, loin de là. On a dû en voir une petite dizaine pendant tout notre séjour : le voile semble amplement leur suffire.
- Les Iraniens ne sont pas Arabes mais Perses et parlent leur propre langue, le farsi, une langue douce voire lancinante.
- La vie ne s’arrête pas le vendredi, ni pendant les heures de prière (d’ailleurs, contrairement à la Turquie, l’appel à la prière est plutôt mélodieux et agréable)
- Les femmes ne sont pas des humains de deuxième catégorie dans la vie de tous les jours (même si certaines lois ne sont à l’évidence pas à leur avantage)
- La liberté de culte existe en Iran
- La culture américaine de la mal-bouffe a quand même dépassé l’embargo
- Il n’existe aucun culte de la personnalité d’Ahmadinejad (par contre de Khomenei, oui !)
- L’Iran n’est pas 100% sans alcool, un hollandais nous a même confié qu’il n’avait jamais bu autant de vodka qu’en couch-surfant chez des iraniens.

Carnet d’adresses - Infos Pratiques :
Pas grand-chose, comme adresses à retenir, peu de restaurants, et on a tracé… tout de même :

Restaurant Haji Dadash à Zanjan : cette ville n’était qu’une étape mais on a quand même réussi à y trouver un intérêt : un resto ! Sans doute le meilleur que l’on ait fait en Iran. Cadre très sympa, on est assis sur de grands lits. La cuisine est typique et bonne. C’est notamment ici que l’on a réussi à manger notre seul Dizzy (à notre grand désespoir), plat très traditionnel qui demande tout un cérémonial de dégustation.

Quelques infos sur le transfert vers Dubaï en bateau, on sait que ça pourra être utile à certains, on ne trouvait rien sur le web :
Ferry-boat Bandar e Abbas – Dubaï : il y a donc toujours 2 à 3 liaisons par semaine (a priori samedi, lundi, mercredi mais ça peut changer) assurées par la compagnie Valfajr ou Valfajre 8. C’est des voleurs (100$ par personne + 200$ pour la moto), mais on n’a pas le choix, ils ont le monopole. Leur bureau est situé entre le port et la ville, le long de la route. Prévoir au moins de passer une journée infernale pour faire les démarches douanières et portuaires.

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