75 heures de train, 3 nuits d’au moins 12 heures, 0 compagnon de compartiment, 1 provodnitsa géante, un provodnitso agaçant et agacé, 4 soupes de nouilles instantanées, 3 plateaux exquis de harengs marines, 9 courses effrénées pour acheter des victuailles à chaque étape, 6 litres de bière, 0 de vodka, 3 douches improvisées, 5 fuseaux horaires, 2 jeux d’échecs fabriqués en papier, 3 victoires chacun, 3 petits bac, 3 vistoires de Johanne, 3 magazines épluchés, 1 poème (!), 2 dessins, 2 livres et des heures et des heures à contempler la campagne verdoyante russe : on ne s’est pas ennuyé durant ce dernier trajet en Trans-Sibérien !
A Moscou, tout est allé très vite : on part récupérer une nouvelle carte bleue, on se retrouve logé chez le banquier (merci Denis). S’en suivent un agréable pique-nique francophone et une nuit à boire de la vodka dans un gratte-ciel gothico-stalinien à la deco soviet plus solenelle que kitsh, avec une superbe vue sur Moscou et le Kremlin svp !
Il ne nous restait donc que peu de temps pour découvrir l’exubérante église St Basile, les abords de la place Rouge, l’incomparable Kremlin et percevoir l’ambiance moscovite dans les ruelles calmes, les avenues animées et l’hallucinant métro qui mérite bien sa reputation de plus beau du monde.
Comme on l’avait ressenti a Irkutsk, les Russes sont plus distingués que nouveaux-riches (même si, des notre arrivée, c’est un couple de mariés perchés sur un hummer limousine blanc et acclamant la “foule” qui nous accueillait…).
Notre experience russe aura donc été (trop) courte mais c’est un pays que l’on a adoré et qui nous a donné envie d’y revenir.
Après une trentaine d’heure de train synonyme de ronflement, sueur et Mongols toujours capables du pire comme du meilleur, nous avons atteint notre premiere et seule etape sur le trajet Ulaanbaatar-Moscou : Ikutsk. On avait donc presque tout misé sur le lac Baikal pour notre expérience Russe.
Permière surprise, après les 37 degrés d’Ulaanbaatar, c’est la pluie et un léger 11 degrés qui nous accueillaient à notre descente du train à Irkustk. Un petit errement dans les rues dominicales désertes de la ville, 7 heures de mini-van et nous arrivions sur l’île d’Olkhon, terre promise de notre découverte du fameux lac Baikal. Eaux cristallines, côte tranchée, petites plages de sable et forêts de conifères, le lac Baikal dégage une atmosphère de rare sérénité.
On y a donc rien fait pendant 2 jours… enfin si, on y a découvert la gastronomie russe, qui s’avère goûteuse et variée, et la baña, bain russe où l’on se douche en se balançant des sceaux d’eau brûlants dans une cabine en bois.
Le bois d’ailleurs, on le retrouve sur toutes les maisons ou presque de Sibérie, souvent sculpté ou peint dans l’encadrement des fenêtres. Le tout confère à la campagne sibérienne une atmosphère de compte de fée.
De retour à Irkutsz, les rues ombragées, la circulation très courtoise, la population aux airs occidentaux et les prix en hausse nous ont rappelé que l’on était définitivement sur le chemin du retour.
Côté population russe sous des airs bourrus (auxquels on s’attendait) on a finalement découvert un peuple poli, rafiné voire accueillant !
Il y a des villes comme ça, on le sait avant d’arriver, qui sont un point d’entrée indispensable dans un pays mais certainement pas une étape en soi.
On ne reviendra pas sur l’épisode qui nous a valu de passer trop de temps à Ulaanbaatar, tout cela fait partie du voyage, on le savait avant de partir.
On aura tout de même passé 10 jours dans cette ville et finalement, c’était une expérience. On pourrait presque écrire aujourd’hui un guide sur cette ville : installés dans un appartement dans une des nombreuses barres soviétiques, on commençait à y prendre nos habitudes. Internet cafés aux connexions excellentes et très bon marché, soirées dans les très (trop) nombreuses tentes coupe du monde, passages quotidiens à l’ambassade française… (puis russe) et une attraction culturelle par jour, pas plus, histoire de les économiser (enfin au début, vu qu’après un certain temps il ne restait plus rien ou presque à faire). Difficile de dire que l’on s’y sentait bien mais on y avait nos repères.
Ulaanbaatar est l’archétype de la ville en mutation, où les yourtes côtoient des immeubles en verre et où les barres d’immeubles de l’ex période soviétique constituent les 3/4 des bâtiments debouts (souvent lugubres de l’extérieur et impeccables de l’intérieur). On sent la ville qui n’a pas encore eu le temps de s’organiser (pour traverser une rue, c’est plus que du sport).
De tout cela résulte un mix très bizarre qui engendre des mises en situation inédites :
- il est courant de se demander si les gens que l’on croise fréquemment face contre terre sont encore vivants. En fait, ils décuvent gentiment.
- il faut toujours faire attention aux bouches d’égout ouvertes si l’on ne veut pas tomber sur des choses aussi ragoûtantes qu’une carcasse de mouton.
- il faut TOUJOURS avoir son sac à dos devant et ses mains dans ses poches (et on l’appris trop tard malheureusement plus qu’un oeil sur tous ses sacs dans un restaurant).
- ne pas trop s’étonner si, par mégarde évidemment, un Mongol attrape une jambe ou vient percuter un sein ou des fesses…
- savoir que si l’on n’aime ni le gras ni le mouton, aller manger dans un restaurant Mongol est très hasardeux.
- faire attention à la circulation : il n’est pas bon de se retrouver dans un accident. On a pu voir un piéton mourrant dans sa marre de sang rester ainsi une bonne partie de la soirée… Le genre de vision que l’on aimerait bien s’éviter. Mais bon…
- les taxis sont tout le monde et personne. Donc quand on en a marre de passer pour un pigeon de touriste, on prend le bus !
et on vous passe les voitures qui vous arrosent ou vous insultent en passant, les passagers de bus en sang qui se bavent dessus etc etc…
Nous avons malgré tout passé de bons moments en bonne compagnie à Ulaanbaatar. On a pu notamment y voir un opéra de Verdi en Mongol, siroter leurs bières locales très convaincantes dans une ambiance coupe du monde toujours bon enfant ou visiter un temple au Bouddha gigantesque….
Cette ville restera une étape très bizarre pour nous mais se créer un début de quotidien dans ce tumulte reste intéressant (surtout quand l’on sait que ça ne durera pas…). On a de la matière vidéo pour vous faire un “testé pour vous”, on verra si on arrive à le garder jusqu’à notre retour en France…
Pour finir, comme les miracles sont toujours possibles, nous avons pu quitter la ville en Trans-Sibérien comme prévu vers la Russie grâce à un visa transit (10 jours, il va falloir être concis) de dernière minute.
Prochaines étapes : le lac Baïkal, Moscou et quelques journées dans le train.
Dans la “Mongolie des steppes” on voit vert et infini, on mange du mouton ou des produits laitiers, on joue au basketball ou à la lutte, on bouge en “furgon” russe (quand il ne s’enlise pas) ou à cheval (et au galop c’est franchement génial) sans routes tracées, on dort dans des yourtes, on admire des aigles et des troupeaux de chevaux, yaks ou moutons en liberté, on se chauffe au feu de bois ou de crottin, on ne se lave pas, on fait nos besoin où bon nous semble, on respire, on découvre que le ciel est vraiment étoilé. Ca semble un pays imaginaire ? C’est pourtant bien ça la Mongolie en dehors des villes, ou plutôt d’Oulan-Bator, vu que c’est à peu près la seule ville du pays.
Les routes y sont presque inexistantes et la moitié de la population (c’est quand même le pays à la plus faible densité au monde) vit dans des yourtes, le territoire mongol est resté vierge, pur… On s’y sent donc vraiment libre.
On a adoré cette partie de la Mongolie et on ne l’oubliera pas, malgré les évènements qui ont suivi.
Niveau photos, il nous reste que celles de notre dernier “tour”, donc désolé pour la sélection limitée ci-dessous :